Je joue du Bontempi à 4 touches dont 2 pétées et c’est beau comme une chorale de mérous dirigée par Cousteau

Bling blang blong blung, je joue du Bontempi, et à un doigt en plus.

Bling, blong, y a que 2 touches qui marchent.

C’est pas faute d’essayer, même que j’y arrive. Car maintenant, je fredonne avec ma bouche pour remplacer les notes cassées. Les voisins me disent merci. Ceux qui m’aiment se taisent mais n’en pensent pas moins. Depuis que j’ai découvert le truc, j’ai tendance à jouer à tue-tête, je fais ce que je veux avec mes cordes vocales, face de chacal.

Ya des savants et des psys qui ont mit des mots sur mes 4 notes fêlées : colère, joie, tristesse et peur. Une gamme courte, pas compliquée… Bling blang blong blung. Capice ? Tout est dans le tempo, ou presque. Up ou down, et frapper fort ou caresser l’ivoire le plastique.

M’en fout, je ne suis jamais triste. La peur, pareil, c’est quoi ? Alors ces 2 notes je les joue pas. Ou je les remplace, nœud du problème de l’interprète.

Du coup, mon Bontempi, c’est “Bon tant pis” plutôt. Car j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que je jouais sans rythme, faux, sans doigté, et sans écouter l’orchestre. Classe, non ? Surtout avec 2 notes sur 4…

J’ai pris la partition dans la gueule, et un paquet de fois. Et ça continue de plus belle.
Bah oui, j’ai pas écouté alors ça n’a pas donné grand chose, pire même.
Bah oui, bah oui, bah oui… mais avec 2 touches sur un clavier de 4, ouch ! Alors j’ai les yeux qui saignent parfois, la partoche est reliée rigide parfois. Et comme j’ai jamais peur (mais oui bien sûr), je vois pas venir. Et comme je suis jamais triste (évidemment), j’ai pas les yeux qui saignent, c’est juste des règles du cerveau, un truc cyclique dont je me tamponne discrètement, haheum.

[Commencer à comprendre ce n'est pas comprendre n'est-ce pas, c'est seulement se dire que ça ne va pas, mais pas encore trouver une solution ou je dirai même mieux, l'appliquer.]

Je te donne un exemple, assez récent… tu vas voir, un duo de “Bon tant pis” magistral, 10 lignes de bling et 10 lignes de blang sur un cahier neuf.

Genre une plage, la duettiste en pleine félicité, une joie entière, admirative de la beauté ambiante, du soleil de plomb et des vent-coulis charmants, les doigts de pied à peine crispés. A peine crispée par une note de peur (blung), peur de… bref on s’en fout. Une belle ligne de bling joie donc, le contrepoint peur blung, tout petit discret. Peut-être un mini blong de tristesse de rien du tout, c’est cette mouette aux longues pattes là qui me rappelle, non allez, ca va…

Alors me vla avec mon piano cassé et ses deux notes criardes. Je sens bien que le ton est à la joie, mais je la joue faux la note. Agressive, répétitive. Alors je me lasse du bling, bling, bling, je trouve ça ridicule, accompagnement pas original, terne. J’ai le blung peur du ridicule mais je peux pas le jouer. Angoisse cachée, le clavier va morfler, la duettiste aussi.

C’est parti pour une impro, balance du blong, j’exagère à mort. Faut que ça sorte. La duettiste, je m’acharne dessus, j’écoute plus, mon piano vanne est ouvert tout grand, y plus d’orchestre, de duo, de symphonie…

Ca se passais toujours comme ça chez nous, quelle monotonie bruyante !

Tu pouvais jouer que la joie, mode énervé, ou bien la colère, mode pointillé-ca fait deux-jours-que-je-me-retiens-tu-vas-comprendre-ta-douleur.

Alors ça donnait en clair (je l’ai mis à la déchetterie la semaine dernière le piano “Bon tant pis” de mierda) :

  • Je suis content de te voir, parler, connaitre, rencontrer + j’ai un peu peur de ne pas réussir à avoir un contact de qualité avec toi = une vanne sympa pour détendre l’atmosphère, une deuxième, gros rire, départ dans la stratosphère de la lourdeur, fiasco.
  • Je suis triste que les vacances se terminent ce soir = une bonne grosse colère.
  • etc. etc.

Alors mon Bontempi je le déteste, je l’ai jeté. Je fais des vocalises avec ma bouche et j’ai trouvé des partenaires avec qui faire des gammes. Mais je reste encore dans les petites classes, j’ai séché le solfège 40 ans.

Si j’y crois et que je vous dis que je ne vous veut pas de mal, vous voulez pas m’aider, juste en chantant fort avec moi et en supportant gentiment mes fausses notes ?

~ par medianoches le 1 mai 2008.

Laisser un commentaire